Joseph Chetrit, éminent promoteur et chercheur de la tradition juive d’Afrique du Nord

Joseph Chetrit, éminent promoteur et chercheur de la tradition juive d’Afrique du Nord

Dr Israël Jamitovsky

L’attribution récente du prix Israël au professeur Joseph Chetrit offre une occasion idéale de revenir sur son parcours exceptionnel. Né au Maroc en 1941, il s’installe avec sa famille en Israël en 1963, à Dimona. En 1967, il obtient une licence en sciences politiques et culture française à l’Université hébraïque de Jérusalem. Boursier, il étudie la philologie française et la philologie générale à la Sorbonne de 1967 à 1971, où il obtient sa maîtrise et son doctorat. Sa thèse de doctorat portait sur… Syntaxe des temps verbaux en français contemporain.

Il est retourné en Israël en 1971 et, de 1972 à sa retraite en 2009, il a enseigné la philologie et la grammaire françaises à l’Université de Haïfa. À partir de 1979, il a également enseigné la philologie arabo-juive et la sociolinguistique de l’hébreu moderne. Il a notamment occupé les fonctions de doyen de la faculté des lettres et de vice-recteur de l’Université de Haïfa.

Un chercheur de premier ordre

Professeur émérite, le professeur Chetrit a déployé pendant des décennies des efforts inlassables pour documenter, étudier et diffuser la tradition et la culture juives qui ont émergé et se sont distinguées dans les communautés d’Afrique du Nord en général et du Maroc en particulier.

Dès qu’il prit conscience de l’immense richesse de cette tradition, il œuvra sans relâche à en diffuser les multiples facettes. Il fonda des instituts universitaires et organisa des dizaines de conférences nationales et internationales, donnant des conférences sur ce sujet devant de nombreuses communautés juives en Israël et dans la diaspora. Voici, brièvement, quelques-uns des thèmes abordés dans ses livres, articles et recherches :

Politique
  • Langues juives en Afrique du Nord : Il aborde la catégorisation de centaines de dialectes judéo-arabes, les répartissant en quatre groupes selon leur structure phonétique et phonologique. Il analyse l’influence du français sur ces dialectes, ainsi que les liens linguistiques entre le judéo-arabe et le judéo-espagnol marocain. Il a consacré de nombreuses recherches à démontrer la présence de l’hébreu dans la structure classique du judéo-arabe. Il a également étudié le langage empathique des femmes juives.
  • Poésie et musique hébraïques au Maroc : Ses études portent sur Bakashot (Demandes) et Piyoutim (Poésie liturgique) du Maroc. Il a découvert des centaines de poètes hébreux peu connus, tels que les rabbins Shlomo Haliwa, David Elkaim et David Bouzaglo, ainsi que le poète Friha bat Avraham ben-Adiba. Il a analysé la collaboration unique entre les Juifs et les musicologues musulmans à travers les générations.

Illustrations hébraïques et arabes juives en Afrique du Nord et dans l’Empire ottoman

Cet ouvrage aborde le siècle des Lumières en Afrique du Nord durant la seconde moitié du XIXe siècle, qui, comme en Europe, a mêlé tradition religieuse et valeurs de la culture européenne dominante. Dans ce contexte, il analyse des figures telles que les rabbins Shalom Flah, David Elkaim et Baruch Mitrani, en examinant leurs positions, leurs combats et leur production journalistique et littéraire.

Thèmes de l’histoire des Juifs du Maroc

Cet ouvrage explore en profondeur la riche histoire de cette communauté. Une étude relativement récente sur l’histoire de la communauté juive au Maroc pendant la Seconde Guerre mondiale, fondée sur des milliers de documents provenant des Archives municipales de Nantes et d’autres sources, est particulièrement précieuse et offre un éclairage nouveau sur la politique du gouvernement de Vichy à l’égard de cette communauté. Par ailleurs, en collaboration avec le professeur Daniel Schroeter de l’Université de Minneapolis, il examine différents processus qui se sont déroulés au sein de ces communautés aux XIXe et XXe siècles.

Entreprises précieuses

En 1977, le professeur Chetrit a contribué à la création de l’Unité de diffusion du judaïsme séfarade au sein du ministère israélien de l’Éducation. En 1998, il a fondé et dirigé le Centre de recherche sur la culture juive en Espagne et dans les pays islamiques à l’Université de Haïfa. En 1979, il a favorisé la création du groupe artistique Tsfon-Maarav, voué à la diffusion du patrimoine artistique du judaïsme nord-africain en général, et du judaïsme marocain en particulier.

Une reconnaissance bien méritée

  • Prix ​​du Premier ministre israélien pour l’encouragement de l’étude des communautés juives dans les pays arabes (2019).
  • Palme académique décernée par le gouvernement français et médaille décernée par la municipalité de Paris.
  • Prix ​​de la municipalité de Haïfa.
  • Prix ​​Nissim Gaon pour ses études sur le judaïsme nord-africain.
  • Prix ​​du Siècle d’Or de la municipalité d’Ashdod pour la promotion du patrimoine des communautés juives.
  • Prix ​​Israël de l’année 2026 pour ses recherches dans le domaine de la langue hébraïque.

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