Assouline est innocent – Victor Assouline
Assouline est innocent – Victor Assouline
La yeshiva de Tanger.
Et une blague qui va trop loin.
Dans une vie il y a des évenements qui vous marquent a jamais. En voila un.
Nous sommes en 1964 et j’ai bientot 16 ans.
C’est l’heure du déjeuner a la yeshiva.
Les couloirs sont déserts.
Le bureau du directeur est ouvert. Je rentre et je ressors avec le tampon du directeur, le rabbin P…..k.
Ce soir-là, avec l’aide de mes camarades, nous remplissons mon livret scolaire de belles remarques, affranchies de coups de tampon.
Une inspection flash, comme il y en a souvent.
On doit ouvrir nos casiers au bord du lit.
J’avais complètement oublié le tampon.
Il est découvert.
Je suis renvoyé sur-le-champ.
Le lendemain, je prends le train pour Casablanca.
Tenez vous bien. Nouvel evenement à la yeshiva : Le tampon du directeur et celui du rabbin B…. ont disparus. C’est fou, n’est-ce pas ?
On m’accuse. A tort bien sur.
Un mandat d’arrêt est lancé contre moi.
L’accusation : Faux et usage de Faux.
Des grands mots pour un gamin…
La police arrive chez moi, ils me mettent les menottes, ou plutôt la menotte ; le flic porte l’autre.
Ma mère s’évanouit. Je passe la nuit au commissariat.
Le lendemain, deux policiers, mes parents et moi prenons le bus CTM pour Tanger. Je suis en menotte
J ai une tres mauvaise mémoire mais dans ce cas precis je me rappelle de tous les details.
Ma mère a ramené assez de victuailles pour un régiment. Les flics apprécient. Ils me laissent fumer. Nous sommes à l’arrière, mes parents devant.
Mes parents prennent un hôtel, moi je vais en prison. Une prison médiévale avec son lit de paille. Dans la cellule avec moi, un Juif argentin venu voir sa mère malade. Je n’en savais pas plus. Il a de l’argent, donc on reçoit un service VIP. Tajine anyone?
On a même eu droit aux sfenj le matin.
À la yeshiva, mes parents sont là, les deux flics et les deux rabbins.
On m’accuse maintenant d’avoir volé non pas un tampon mais deux, Ce que je nie catégoriquement..
Quelqu’un les a volés, mais je n’étais pas assez con pour refaire la meme betise. Mais le voleur, lui, qu’est ce qu il allait en faire. Moi c’était une blague pour faire rire mes camarades, mais lui?
Apres toutes ces années je ne comprends toujours pas ce qui a amené cet eléve a faire ce qu’il a fait.. C’est incomprensible.
A la yeshiva on m’enferme dans une chambre aux grandes baies vitrées.
Les élèves viennent me voir comme si j’étais au zoo.
On me dit que j’y resterai jusqu’à ce que j’avoue. Avouer quoi?
Un policier marocain m’amène des livres, soi- disant pour me réhabiliter.
Il me dit que si j’avoue, je rentrerai chez moi sur-le-champ, dans ma famille.
Et j’ai fait ce qui me hante jusqu’à aujourd’hui : j’ai avoué un crime que je n’avais pas commis.
Un péché !!!
Là où ça se complique, c’est que le voleur renvoie les tampons par la CTM — compagnie de transports marocains — avec trois mots :
« Assouline est innocent. »…vrai de vrai
Évidemment, on croit que j’ai un acolyte dehors, Une quasi impossibilité.
Pendant plusieurs années, j’ai essayé de contacter ceux qui étaient là à cette époque, sans succès.

Si vous connaissez le nom du voleur, et que vous le reconnaissez sur la photo, j’aimerai vraiment lui parler. Moi Je suis exactement au milieu en chemise blanche et le plus beau comme d habitude. Sic.
Il a sûrement le même âge que moi. Peut-être est-il encore vivant et aurait-il un brin de remords d’avoir chamboulé ma vie. Je lui pardonne, en tout cas.
Je me souviens. A la plage Tahiti, on m’a reçu comme une star. J’étais fier. Après tout,..j’avais fait de la prison.
Apres ca, je voulus partir loin, rejoindre l’Hashomer et monter en Israel.
De la yeshiva au Kibbutz athée.
Drole de transition…
Je suis ensuite passé voir ma tante, Dada… vrai de vrai. Elle a fermé son buffet à clé……sic…
A suivre……….
Le miracle continue et mon ange gardien m’ouvre le chemin
victorassouline48@gmail.com.
