Essaouira clôt les Andalousies Atlantiques avec une création inédite entre gnaoua et piyut judéo-marocain

Essaouira clôt les Andalousies Atlantiques avec une création inédite entre gnaoua et piyut judéo-marocain

 

La 21e édition du Festival des Andalousies Atlantiques, organisée du 29 au 31 octobre 2026 à Essaouira, s’est refermée samedi 31 octobre au soir sur une première mondiale. Devant plus de 3 000 spectateurs, la maâlma Hind Ennaira et la formation HaPiyut Ensemble ont fait dialoguer les rythmes gnaoua et les chants du piyut, la poésie liturgique juive marocaine, tandis que la danseuse espagnole Olga Pericet, figure du flamenco contemporain, se produisait pour la première fois au festival.

Par Ibtissam El Miri

Dar Souiri, de part et d’autre de la table, Madihines et Peytanimes unissent leurs voix pour chanter et prier ensemble pour leur Maroc en partage.

Sous un chapiteau géant plein à craquer, où plus de 3 000 personnes avaient pris place, la 21e édition du Festival des Andalousies Atlantiques s’est achevée samedi soir à Essaouira. Pour la clôture, la maâlma Hind Ennaira, maîtresse de la tradition gnaoua, et la formation HaPiyut Ensemble ont présenté une création jamais jouée sur scène, qui a rapproché les rythmes gnaoua et les chants du soufisme judéo-marocain.

Parmi le public figurait André Azoulay, conseiller de SM le Roi et président fondateur de l’Association Essaouira-Mogador, ainsi que des personnalités marocaines et étrangères des milieux diplomatique, culturel et artistique. Ce concert, l’un des moments forts de l’édition, concrétisait un projet que les organisateurs portaient depuis plusieurs années. Ils voulaient voir un jour les mélodies gnaoua et les poèmes du piyut marocain partager la même scène, pour honorer deux traditions ancrées dans l’histoire culturelle du Royaume.

L’idée avait été esquissée en 2022 à Dar Souiri. Elle a pris corps grâce au travail de HaPiyut Ensemble, une formation intergénérationnelle de 18 artistes qui se consacrent à la préservation et à la transmission du piyout, cette poésie liturgique chantée qui fait partie du patrimoine juif marocain.

Pour préparer la rencontre, les musiciens gnaoua ont confié leur répertoire à l’ensemble. Celui-ci a construit sa partition sur leurs mélodies et leurs rythmes, en y associant des textes tirés de « Yaguel Yaakov », un recueil de piyoutim composés au Maroc par la famille Abihssira.

Pendant près d’une heure et demie, au son du hajhouj, l’instrument emblématique des gnaoua, la voix puissante de Hind Ennaira et les chants de HaPiyut Ensemble se sont répondu. Chaque tradition a gardé ses particularités, preuve de la capacité des expressions musicales marocaines à se renouveler au contact les unes des autres.

À l’issue du concert, Hind Ennaira s’est dite heureuse et fière de participer pour la deuxième fois au festival, et d’en assurer la clôture en tant qu’artiste d’Essaouira. Elle a salué une manifestation qui s’est imposée, en 21 ans, parmi les plus prestigieuses au monde. Cette collaboration lui permet, a-t-elle expliqué, d’explorer de nouvelles sonorités sans renier ses racines. Elle a aussi rappelé ses expériences précédentes, notamment avec l’orchestre andalou d’Amsterdam, qui lui ont montré à quel point la musique gnaoua peut s’ouvrir à d’autres genres.

Avraham Cohen et Yair Harel, membres de HaPiyut Ensemble, se sont réjouis de présenter cette création à Essaouira, qu’ils considèrent comme la capitale mondiale de la musique gnaoua. Ils ont insisté sur son caractère inédit, fruit d’un long travail pour faire entendre dans une même interprétation les chants du piyut marocain et les rythmes gnaoua. Pour eux, cette rencontre porte un message de paix et de rapprochement entre les peuples. Ils souhaitent la voir voyager sur d’autres scènes dans le monde, convaincus que la musique rapproche les cœurs, inspire et ouvre de nouveaux espaces de rencontre.

La soirée a également accueilli, pour la première fois au festival, la danseuse et chorégraphe espagnole Olga Pericet, figure majeure du flamenco contemporain. Elle a présenté « Perspectiva de un baile sonoro », une création qui revisite le flamenco traditionnel avec une touche personnelle, avant de partager la scène avec Hamid Ajbar. Cet artiste marocain, reconnu à l’international, travaille à préserver la musique arabo-andalouse et à la faire dialoguer avec le flamenco.

Interrogée par la MAP, Olga Pericet s’est dite honorée de participer à ce grand festival et heureuse de jouer aux côtés de musiciens marocains. Pour elle, ce moment dépasse la simple prestation commune, car il met en avant la dimension spirituelle et les liens profonds qui unissent les traditions musicales marocaine et andalouse.

Plus tôt dans la journée, Dar Souiri avait accueilli « Marhba Blli Ja Andna », un rendez-vous consacré au répertoire musical des Juifs marocains. Il réunissait Nouhaila El Kalai, avec le Chaâbi Fassi, Anass Belhachemi, représentant de la Taqtoqa Jabalia, et Hicham Dinar.

Le programme s’est poursuivi avec Mohamed Aaboud, qui a proposé un répertoire de musique andalouse, de mawwals (des chants improvisés), de chants de zaouïas et de chansons populaires du Nord du Maroc, offrant aux mélomanes un nouvel aperçu des facettes du patrimoine musical marocain.

Initiée par l’Association Essaouira-Mogador, cette 21e édition était placée sous le thème « Alif x Alef : deux lettres, une même histoire ». Elle a réuni des artistes de différents horizons autour de traditions musicales qui illustrent la richesse du patrimoine culturel marocain, et confirmé Essaouira comme un lieu de rencontre, de dialogue et de coexistence entre les cultures. Tout au long des concerts et des rencontres, le festival a poursuivi sa mission de faire vivre les valeurs d’ouverture, de tolérance et de coexistence qui forment son ADN.

Laisser un commentaire