Fête de l’Unité : le Maroc que nous habitons… et qui nous habite, par Hadmi Abdelmajid (Al-Mahjoub)

Fête de l’Unité : le Maroc que nous habitons… et qui nous habite
Unité du territoire et esprit des lieux : regard d’un architecte marocain
Hadmi Abdelmajid (Al-Mahjoub) — Architecte et urbaniste, Safi

Je célèbre la Fête de l’Unité en Marocain et en architecte : la vie et le sens font d’une terre un chez-soi. Je célèbre l’unité du Maroc et de ses provinces sahariennes, en mémoire de son intégrité territoriale reconquise et des sacrifices pour la préserver. Elle invite à penser notre Maroc : terre, histoire, pensée, foi et mémoire partagée.

Le Sahara y tient sa place propre, avec ses habitants, sa culture hassanie, ses villes, ses territoires et ses manières d’habiter et d’accueillir. Cette culture appartient à notre identité marocaine commune, faite de composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, nourrie d’apports africains, andalous, hébraïques et méditerranéens. Musulmans et juifs marocains ont contribué à sa mémoire et à son patrimoine. Depuis ce Sud, la fête s’ouvre au pays entier et à notre connaissance mutuelle.

Cette journée instituée par volonté royale donne à ce lien un rendez-vous collectif. J’y lis une invitation à renouveler notre regard sur la patrie et à faire de notre fierté une force pour son unité. À la lumière des orientations royales sur le développement et l’équité territoriale, une question s’impose : comment chaque Marocain éprouve-t-il cette unité dans sa dignité, ses possibilités d’étudier et de travailler, et l’avenir de sa région ?

Les mutations géostratégiques accentuent cette urgence. Dans ses horizons africains, atlantiques et méditerranéens, le Maroc a besoin d’une cohésion qui soutienne son initiative et d’un développement au bénéfice des habitants. L’unité signifie alors préparer ensemble l’avenir, partager les chances, préserver les ressources et renforcer la confiance entre citoyens et institutions.

Le Maroc est notre demeure ancienne, celle de nos premières images du monde : maison, chemin, ciel. Je le sais depuis Safi, par la lumière atlantique sur ses murs, l’odeur de l’argile dans ses ateliers, les ruelles où persistent les pas de ceux qui nous ont quittés. Nous vivons ce pays avant de le décrire.

Nous pouvons partir, apprendre d’autres langues, aimer d’autres lieux. Le Maroc voyage avec nous dans une inflexion de voix, la mémoire d’une table, l’accueil d’un hôte, la nostalgie éveillée par un mot ou une odeur. Nous y revenons enrichis par l’expérience. Notre marocanité dialogue ainsi avec le monde.

Même lorsque certains pensent pouvoir se défaire de cette marocanité, autrui peut la leur rappeler par leur nom, leur histoire ou une question sur leur origine. Notre appartenance dépasse cette image : nous la reconnaissons et en renouvelons le sens. Nous en sommes fiers sans nous placer au-dessus de personne. Autrui nous aide à discerner notre singularité et à respecter la sienne.

C’est en ce sens que je parle d’« unité de l’existence » : du lien entre pensée, foi et demeure dans notre expérience marocaine, du lieu qui rassemble notre vie. Nos joies et nos douleurs, nos héritages et nos désirs de changement, nos convictions et nos recherches y coexistent. Aimer le Maroc dans toute cette existence nous engage à combattre l’injustice, les inégalités et l’abandon : la souffrance de ses habitants touche notre appartenance même.

Comment cet amour peut-il devenir dévotion ? Par l’intention du bien, la sollicitude envers les êtres et le soin de ce qui nous est confié. Œuvrer pour le Maroc devient un exercice de sincérité : bien faire son travail, préserver un héritage, réparer un tort, rendre un droit, laisser aux suivants de meilleures possibilités de vivre. Cet amour rejoint ainsi notre responsabilité spirituelle envers les êtres et le monde que nous bâtissons.

Comme architecte, je donne à ce soin une traduction concrète : sécurité du bâti, qualité des matériaux, lumière et air dans le logement, accessibilité pour les personnes handicapées, dignité des familles quels que soient leurs moyens. Il engage aussi la sobriété en eau et en énergie, l’usage du sol et la mémoire du lieu. Nos décisions affectent des vies parfois anonymes pour nous.

Notre patrimoine transmet un savoir sur les liens entre humains et milieu. Les médinas enseignent les liens entre maison et ruelle, seuil et voisinage, métier et quotidien. Ksour, kasbahs et villages nous apprennent à composer avec l’ombre, la masse et l’eau. La tente saharienne révèle un art de la rencontre et de l’hospitalité, une connaissance du territoire et du mouvement. Ces formes rendent les lieux habitables et signifiants.

Le dévoilement de l’esprit des lieux commence par l’écoute : celle des habitants, de l’artisan qui connaît la matière par ses mains, du bâtiment marqué par le temps. L’architecte cherche ce que les gens aiment, ce qui les éprouve, ce qu’ils souhaitent garder ou transformer. L’esprit du lieu se renouvelle avec eux et avec leurs relations.

Intervenir justement, c’est préserver, réparer et ouvrir une possibilité de vie. Rendre une lumière occultée, sécuriser une maison ancienne, offrir de l’ombre pour s’asseoir et se rencontrer : la mémoire accueille ainsi les besoins du présent. Restaurer les façades en évinçant les habitants conserve une image mais affaiblit la vie qui lui donnait sens.

La sauvegarde du patrimoine rejoint donc le développement social et économique : transmettre les savoir-faire aux jeunes, assurer un travail digne aux artisans, permettre aux habitants de rester chez eux. Le tourisme culturel peut y contribuer si ses bénéfices leur reviennent et s’il respecte leur rythme de vie. Les habitants ont droit aux services, à la sécurité et aux moyens de vivre.

Nos provinces sahariennes occupent une place essentielle dans l’avenir du Maroc, par leurs habitants, leurs villes et leurs liens atlantiques et africains. Valoriser cette position exige de relier les grands projets à la vie locale, de respecter la culture hassanie, de préserver les ressources et d’ouvrir des perspectives aux jeunes. Architecture et urbanisme y contribuent par des bâtiments adaptés au climat, des quartiers propices à la rencontre et des équipements accessibles.

Nos savoirs hérités préparent l’avenir si nous étudions leur efficacité, leurs limites et leur évolution. Matières locales, ombre, ventilation et réparation peuvent dialoguer avec la recherche et les techniques contemporaines. De là peut naître une architecture plus sobre, plus proche des habitants et mieux préparée aux transformations.

J’imagine cette fête comme une journée de découverte : l’architecte parcourt un quartier avec ses habitants ; l’artisan ouvre son atelier ; les aînés racontent les changements ; les enfants dessinent leurs attachements et leurs souhaits. Une photographie de Smara, Laâyoune ou Dakhla, documentée et accompagnée de voix locales, peut faire découvrir un lieu à un compatriote.

De ces rencontres peut naître un engagement : prendre soin d’un bâtiment, transmettre un métier, concevoir un espace à l’écoute de ses usagers. La connaissance mutuelle devient responsabilité partagée.

Mon souhait d’architecte marocain à Safi : mieux comprendre mon pays à travers ma ville ; me sentir concerné par une maison du Sud comme par celle d’une ruelle familière ; reconnaître dans chaque région un enrichissement de notre monde commun.

Nous célébrons notre cause nationale, l’unité de notre terre et notre amour d’un Maroc qui nous accueille tous. Cette fidélité se renouvelle lorsque chaque lieu reçoit notre attention, chaque habitant sa dignité et chaque mémoire un avenir.

Tel est le Maroc que nous habitons et qui nous habite : nous l’emportons et lui rapportons ce que nous apprenons. Nous y bâtissons ce qui mérite de durer. L’architecture contribue à cette fête en révélant l’esprit du pays et en inscrivant notre amour dans ses lieux et la vie des habitants.

 

Je reste à votre disposition pour toute précision et vous remercie de bien vouloir me transmettre le lien de l’article s’il est publié.

Bien cordialement,

Hadmi Abdelmajid (Al-Mahjoub)
Architecte et urbaniste — Safi, Maroc
X : https://x.com/AbdelmajidHadmi

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