Le Maroc, les Juifs et Mitterrand

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Le Maroc, les Juifs et Mitterrand

 

 

Vous avez été nombreux à réagir à notre numéro L’Histoire Collection « Le Maroc. Des dynasties berbères à Mohammed VI », n° 110, janvier-mars 2026. Michel Pierre renvoie à propos de l’article « Les Juifs. De l’enracinement à l’exil » à un épisode oublié de la vie de Charles de Foucauld, alors jeune explorateur : « Il est possible d’ajouter de nombreux témoignages sur les difficultés de l’état des Juifs, de leur sort et de leur vie quotidienne à la fin du XIXe siècle. Il suffit de se rapporter à celui de Charles de Foucauld dans sa Reconnaissance au Maroc, publié en 1888. Pendant onze mois, en 1883-1884, il parcourt le Maroc et documente plus de 2000 kilomètres d’itinéraires. Non sans risque, il effectue son périple en se faisant passer pour un Juif ashkénaze (comme le montre l’illustration ci-dessus, inédite, où il s’est dessiné lui-même dans ses vêtements d’emprunt). Le plus souvent hébergé dans les mellahs (les quartiers juifs), il décrit la condition des Juifs, ainsi dans les régions rurales où “ils sont attachés à la glèbe, ayant chacun leur seigneur musulman, dont ils sont la propriété, pressurés sans mesure, se voyant enlever le jour ce qu’ils gagnent avec peine, sans sécurité ni pour leurs personnes ni pour leurs biens”. »

David Ebersolt nous demande une clarication : « Dans l’article “XVIe-XVIIIe siècle. Résister aux Ottomans”, vous mentionnez la conquête d’Alger et de Tunis par opposition à la dynastie saadienne, qui maintient l’indépendance du Maroc. Je me souviens d’une polémique à la suite d’une déclaration d’Emmanuel Macron (le 30 septembre 2021) remettant en cause l’existence d’une nation algérienne avant 1830. Certains lui rétorquèrent que le protectorat ottoman n’était que symbolique. »

La réponse de la rédaction Concernant Alger, effectivement, en 1827, la tutelle ottomane était, sinon symbolique, du moins très ténue. Une forme de vassalité lointaine. Fréquemment aux XVIIe et XVIIIe siècles, on parle ainsi du « Royaume d’Alger » ou de la « République d’Alger », qui a ses pavillons et ses représentations diplomatiques propres, qui peut entrer en guerre et signer des traités sans passer par le sultan de Constantinople ; celui-ci reste néanmoins l’autorité religieuse légitime – contrairement au Maroc, où le souverain est le chef des croyants.

David Ebersolt ajoute, à propos du cahier de fin consacré à François Mitterrand : « Michel Winock parle du libéralisme de Mitterrand, au début des années 1950 vis-à-vis de la Tunisie et du Maroc. Le livre François Mitterrand, le dernier empereur. De la colonisation à la Françafrique (Philippe Rey, 2025), dirigé par Pascal Blanchard et Nicolas Bancel est d’un avis contraire. »

Si Mitterrand n’était nullement partisan de l’indépendance des colonies, il était résolument réformiste. En 1953, il démissionna du gouvernement Laniel après la déposition du sultan du Maroc. Quelques mois auparavant, il avait publié Aux frontières de l’Union française, un essai sur la politique française notamment au Maroc et en Tunisie préfacé par Mendès France. Si la France voulait garder ses possessions d’outre-mer, écrivait-il, elle devait adopter une attitude réformiste, contre la volonté des coloniaux et l’immobilisme de l’administration coloniale suicidaire. Il aura la même position quand éclatera la guerre d’indépendance algérienne.

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