« Une représentation du vivre-ensemble » : le projet « Salam Shalom Salut » encourage le dialogue entre jeunes juifs et musulmans à travers la France

« Une représentation du vivre-ensemble » : le projet « Salam Shalom Salut » encourage le dialogue entre jeunes juifs et musulmans à travers la France

Article rédigé par Audrey Abraham
Radio France

Depuis 2018, l’association SOS Racisme soutient le projet « Salam Shalom Salut ». Une initiative qui prend tout son sens alors que les discours de haine occupent une part importante dans le débat public depuis l’attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023.

Comment engager le dialogue entre des communautés sans cesse mises dos à dos par la société ? C’est la question à laquelle tente de répondre le projet « Salam Shalom Salut », initié par l’association SOS Racisme en 2018. Des jeunes Français de tous horizons, de toutes origines, de toutes confessions, rassemblés pour promouvoir le vivre-ensemble.

Chaque année, ils font le tour de la France à la rencontre d’autres jeunes dans des associations, des maisons de quartier et des établissements scolaires. La 7e édition a débuté fin novembre, dans un contexte plus que jamais marqué par les divisions et dans lequel les discours de fraternité peinent à se faire entendre.

« C’est la première fois qu’il y a autant de juifs autour de nous », lance un jeune, au début d’une rencontre filmée en 2018, par la réalisatrice Hanna Assouline pour son documentaire À notre tour !(Nouvelle fenêtre) L’assemblée rit. Pendant les échanges, en petits groupes, la parole est libre. « Je crois que je n’ai jamais croisé de juif à Nantes », commente une jeune femme. « On ne sait pas ce que c’est qu’un juif, abonde un autre. Pour nous, un juif c’est ce qu’on voit à la télé, c’est un sioniste qui tue des Palestiniens, c’est le grand méchant loup ». Les clichés sont tenaces, les débats parfois agités : « Tu parles des Israéliens comme si c’était une seule et même voix. C’est dangereux de faire ça, fais attention ! »

« Il y a une violence extrême qui circule »

Mais le dialogue est ouvert et les positions évoluent : « Mon père a la nationalité israélienne, du coup, quand tu dis ça, pour moi, c’est violent », explique un bénévole de « Salam Shalom Salut ». Un autre ajoute : « Je trouve que ce n’est pas normal que tu n’aimes pas quelqu’un ou que tu aies des idées sur quelqu’un juste parce qu’il est juif ou arabe. Moi-même, j’ai vécu des moments où je sentais que j’étais maltraité parce que j’étais arabe. Je n’ai pas envie que ça se passe comme ça. »

Une initiative d’autant plus nécessaire, depuis le 7 octobre 2023, avec l’importation, en France, du conflit israélo-palestinien, la polarisation du débat et l’augmentation des discours de haine. « C’est fondamental parce que c’est aussi comment on apporte un autre discours », défend, au micro de franceinfo, Romain, 27 ans, chargé de projet pour l’édition 2025/2026. Il est juif, père algérien, arrière-grand-père maternel déporté pendant la Seconde guerre mondiale : « On est dans une génération abreuvée par un certain nombre de choses sur les réseaux sociaux. Il y a une violence extrême qui circule, avec des propos qui projettent dans l’imaginaire d’un certain nombre de jeunes, des choses néfastes ».

« Notre idée c’est de discuter avec des jeunes et de créer des cadres dans lesquels les gens vont se rencontrer. »

Romain, 27 ans

à franceinfo

Dina, 24 ans, a rejoint le collectif en 2024 : « Il y a forcément une résonance personnelle parce que je suis issue de l’immigration. Mes parents ne sont pas nés en France, mon père est né et a grandi en Égypte, ma mère est née et a grandi au Maroc. Je suis la première de ma famille à être née ici. Je suis musulmane, ma sœur est voilée ». Fiona a 24 ans, sa mère est Martiniquaise, son père juif ashkénaze : « C’est un projet qui réunit tout le monde et forcément quand on a plusieurs identités nous-mêmes, ça nous parle immédiatement ».

« Montrer qu’il est possible de reconnaître en l’autre quelque chose de soi-même »

Avec la vingtaine d’autres jeunes qui participent au projet, juifs et musulmans, pratiquants ou pas, ils parcourent la France pour rétablir le dialogue. La démarche est parfois difficile mais essentielle, vitale même, disent-ils d’une même voix. « Vraiment, on n’a pas le choix. Et quand on n’a plus rien à perdre, on a aussi encore plus d’énergie à mettre dans ce combat-là », insiste Romain. « Je ne sais pas si on est un exemple mais en tout cas, on est une représentation d’un projet de vivre ensemble », poursuit Dina.

« On en a marre. J’ai 24 ans, j’aimerais bien aussi faire autre chose mais je ne peux pas rester là les bras croisés, c’est indispensable. »

Fiona, 24 ans

à franceinfo

Des jeunes encouragés par l’initiateur du projet, le président de SOS Racisme, Dominique Sopo : « Ce qui est le plus ‘tendance’, malheureusement ces dernières années, c’est la haine de l’autre, c’est le fait de se replier. La jeunesse est un enjeu, y compris pour ceux qui sont porteurs de logiques de clash, de logique de haine et qui essayent d’enrôler la jeunesse ».

« C’est fondamental de montrer qu’il est possible de se parler, de se rencontrer et de reconnaître en l’autre quelque chose de soi-même », conclut Dominique Sopo. Pour animer ces ateliers, notamment dans le cadre scolaire, le projet « Salam, Shalom, Salut » est agréé par l’Éducation nationale. Cette année, les jeunes feront étape dans une quinzaine de villes de France.

Laisser un commentaire