Pourim – Le rouleau du caché – David Bensoussan
Pourim – Le rouleau du caché
David Bensoussan
Et il arriva qu’aux jours du roi Assuérus de Perse,
Qu’un décret fût conçu et invalidé contre un peuple disperse.
En ce temps-là Assuérus de l’Inde jusqu’à l’Éthiopie régnait,
Sur cent vingt-sept provinces, états et contrées,
Et il y avait une reine à Suze la citadelle,
Telle Ishtar la plus belle.
Et son nom d’Esther,
Portait secret et mystère,
L’appartenance à son peuple elle avait caché.
Elle ne révéla ni sa nation ni sa parenté
Son oncle Mardochée le lui avait ainsi ordonné.
À la porte royale, jour après jour
Là où se tiennent les grands de la cour
Mardochée se tenait à la porte du roi,
Et où se jugent les affaires dans la loi.
Il était un personnage haut placé
Son nom évoquait la païenne déité
Du terrifiant Marduk et son autorité.
Après ces choses, le roi éleva en dignité Hamane.
Tous les serviteurs se prosternaient devant l’égomane.
Au-dessus de tous les princes le roi l’avait placé.
Ainsi le roi l’avait ordonné.
Alors Hamane vit que Mardochée refusait de se prosterner,
Il ne voulait pas se considérer comme son subordonné.
Sa colère s’enflamma de désarroi
De voir qu’un autre était honoré à la porte du roi.
Celui-là ne reconnaissait pas sa grandeur
Et la jalousie entra dans son cœur.
Il ne voulut pas lever la main sur le dignitaire Mardochée,
Il chercha donc à détruire le peuple auquel il se rattachait
Arguant qu’il était disséminé parmi les populations,
Et que ses lois n’étaient pas les lois des nations.
Hamane jeta le sort du jour de massacre
et le sort tomba sur le treizième jour du mois d’Adar.
Le décret fut édicté et par l’anneau du roi scellé.
Et la parole du roi ne peut être résiliée.
Quand Esther du décret fut initiée,
Elle fut saisie de frayeur et d’anxiété.
De jeûne prestement, elle se revêtit
Et envoya parole à Mardochée qui lui dit :
Ne t’imagine pas en ton cœur
Que tu échapperas seule au malheur.
Car si tu te tais la délivrance émanera
D’un autre lieu, mais ta maison périra.
Alors Esther implora la mort dans l’âme,
Que de trois jours et trois nuits un jeûne on proclame,
Et elle ajouta : même si cela est contre la loi.
Je me présenterai avec confiance devant le roi.
Cette nuit-là, le roi ne trouva pas sommeil
Et les livres des chroniques le maintinrent en éveil.
Et il y fut écrit comment Mardochée
Avait déjoué un complot et la vie du roi sauvé.
Et Hamane fut contraint d’honorer Mardochée
Et sa joie se changea en deuil aggravé.
Et ainsi l’orgueilleux fut abaissé
Et l’humble fut élevé.
Et Esther invita le roi et Hamane au festin,
À un banquet, un banquet du vin.
Et Esther se leva et parla enfin :
Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ô roi,
« Donne-moi la vie — telle est ma requête, ô roi.
Car mon peuple est condamné à son dernier jour,
Et l’ennemi se tient dans cette cour. »
Sur le lit de la reine, Hamane implora grâce
Et d’Assuérus il encourut la disgrâce
Le courroux du roi le consuma
Et au gibet Hamane il condamna
Celui-là même qu’avait préparé
Hamane pour son rival Mardochée.
Mais le décret ancien demeurait prescrit,
Car nul verdict du roi ne peut être aboli.
Alors un second décret fut envoyé.
Le roi permit aux Juifs, dans chaque cité,
Pour leur vie fermement se défendre,
et ceux qui les attaqueraient pourfendre,
Mais non de lever la main sans cause
L’ordre royal n’admettait pas de glose.
Et leurs ennemis ils frappèrent
Le jour du carnage ils déjouèrent
Par mesure d’autodéfense
Devant la malveillance.
Comment saisir, demandèrent les Sages
De Pourim le sens et le message ?
C’est qu’ils firent bombance au festin d’Assuérus
Pour boire à volonté et se joindre au chorus.
Alors qu’ils n’étaient soumis à aucune contrainte,
Ils oublièrent leur prescription sainte.
Et ce fut pour les Juifs le jour du 14 Adar
Un retournement du sort marqué par
Lumière, joie, allégresse et honneur.
Comme il est écrit : Esther 8,16.
La lumière — c’est la Torah,
Comme il est écrit : La Torah est lumière
(Proverbes 6,23).
La joie — ce sont les fêtes,
Comme il est écrit : Tu te réjouiras pendant tes fêtes
(Deutéronome 16,14).
L’allégresse — c’est le signe de l’alliance,
Comme il est écrit : Je me réjouis de ta parole
(Psaumes 119,162).
Et l’honneur — ce sont les phylactères,
Comme il est écrit :
Tous les peuples de la terre verront
Que le Nom est invoqué sur toi
(Deutéronome 28,10).
Ainsi furent établis les jours de Pourim,
En souvenance du sort qui endigua l’abîme.
Pour rappeler aux futures générations
Que le péril peut être précipité par l’assimilation,
Mais que la repentance fait surgir la lumière,
Même quand le Nom caché demeure mystère.
