Le procès de Pétain
Le procès de Pétain
Le 23 juillet 1945 s’ouvre à Paris le procès du chef de l’État collaborationniste de « l’État français » Philippe Pétain. Le vieux maréchal a été reconnu coupable de trahison et condamné à mort. Le chef de la Résistance française et ancien subordonné de Pétain, le général Charles de Gaulle, commua cependant l’exécution en réclusion à perpétuité.
Grâce à ses exploits militaires durant la Première Guerre mondiale, le natif du Pas-de-Calais acquiert une renommée et une énorme popularité en France. En tant que héros de la Première Guerre mondiale, il était vénéré aux côtés de deux autres maréchaux, Ferdinand Foch et Joseph Joffre. Après leur mort, Pétain devint peut-être la principale autorité militaire de son pays. La droite l’a positionné comme une icône, s’exprimant sous le slogan : « Il nous faut quelqu’un comme Pétain !
La Seconde Guerre mondiale a cependant transformé la légende vivante en criminelle.
Comme l’a rappelé l’un des participants au procès, le publiciste Jean-Pierre Bloch, les jurés recevaient constamment par courrier des menaces anonymes et des avertissements symboliques sous forme de petits cercueils. Et des personnes sont apparues à plusieurs reprises dans la salle d’audience pour exprimer haut et fort leur approbation des activités de Pétain ou insulter directement le tribunal. Et pourtant, la majorité des personnes présentes, comme une partie importante des Français, étaient opposées au maréchal et à ses acolytes. Il était assis presque immobile dans une salle étouffante dans un uniforme de cérémonie bien boutonné avec tous les ordres, n’interférant pratiquement pas avec le déroulement du processus.
Lorsqu’on lui a donné l’occasion de faire une déclaration pour sa propre défense, Pétain, d’une manière calme et retenue, s’est décrit comme le « bouclier de la France » qui « voulait sauver son pays du pire ». Et Pétain a déclaré de Gaulle « l’épée de la France, qui a pris en main la lutte pour la libération du pays de l’extérieur ».
Le procès de Pétain dura jusqu’au 15 août 1945. Après avoir entendu les témoins à charge et présenté des preuves documentaires des atrocités qui lui étaient reprochées, le maréchal a été reconnu coupable de haute trahison et d’aide à l’ennemi. Une condamnation à mort a été prononcée contre lui par 14 voix contre 13, avec perte de droits et confiscation de biens.
Diverses sources indiquent qu’au moment de l’annonce du verdict de la Cour suprême, Pétain restait totalement imperturbable et apparemment indifférent à son sort. Le maréchal lui-même voulait être exécuté en tant qu’officier. Pendant deux jours, il a attendu le résultat dans sa cellule. Cependant, le 17 août, de Gaulle gracie son ancien commandant, remplaçant son exécution par un peloton d’exécution par la réclusion à perpétuité.
Ironiquement, Pétain fut envoyé au Fort Portalet dans les Pyrénées, où le régime de Vichy retenait ses opposants politiques.
Trois mois plus tard, le prisonnier a été transféré dans une prison située sur l’île de Ye, dans l’Atlantique, à 20 km au large des côtes bretonnes. Une épouse de militaire s’est installée à proximité. Par décision de De Gaulle, elle a eu droit à une visite quotidienne d’une heure avec son mari. En 1947, Pétain commence à montrer des signes de démence sénile. À la fin de 1949, la santé du fort maréchal, au-delà de son âge, commença à se détériorer. Il ne reconnaissait presque plus les gens, souffrait d’incontinence urinaire et avait des difficultés à se déplacer sans aide.
Son transfert vers des conditions plus douces a été discuté au niveau gouvernemental pendant environ un an et demi. Ce n’est que fin juin 1951 que le président Vincent Auriol ordonna que l’homme de 95 ans soit transféré dans une maison privée de la même île, où un prêtre s’occupait de lui. Le 23 juillet 1951, six ans exactement après le début du procès, Pétain décède à l’hôpital. En uniforme de maréchal de France, il est inhumé au cimetière de Port-Joinville.
Au Musée militaire de Paris est accroché un portrait de Pétain en héros de Verdun. Il fut reconnu coupable de trahison, mais conserva son bâton de maréchal et son adhésion à l’Académie française. Il est appelé maréchal dans les documents officiels et les livres d’histoire. En 1966, lors de la célébration du 50e anniversaire de la victoire de Verdun, le président français de Gaulle ordonna que des fleurs soient déposées sur la tombe de son ancien commandant. Malgré les honneurs posthumes, le nom de Pétain, ainsi que celui du chef des collaborateurs norvégiens Vidkun Quisling, sont devenus en France et dans toute l’Europe avant tout un symbole de trahison.
